
A Mada aussi la N7 est la route du sud et du soleil. Partant de Tananarive a 1200m d'altitude, elle traverse les Hautes Terres pour plonger dans le Grand Sud jusqu'a Tulear 1000 km plus loin. Cette route est l'une des rares a etre goudronnée sur toute sa longueur, depuis peu d'ailleurs, il y a encore 10 ans la seconde partie du parcours s'effectuait sur une piste. Cette N7 a donc été notre itineraire de voyage a Mada. Elle permet de découvrir des cultures et des paysages variés, relativement facilement. En effet en saison des pluies beaucoup de régions sont difficilements accessibles, voir totalement fermées. Apres quelques jours a Tana, notre voyage a donc commencé a la gare routiere pour prendre un taxi brousse (mini bus partant une fois plein et s'arretant a la demande). Depuis 5 mois ce n'était pas notre premiere gare routiere, mais celle-ci nous a quand meme stupéfie par le desordre qu'il y regnait. A peine entrée dans la gare, notre taxi a été pris d'assaut par une horde de porteurs et rabatteurs allant jusqu'a monter dans notre 4L (les taxis malgaches sont essentiellement des 4L). Il faut se montrer ferme pour ne pas se laisser envahir et recupérer nos sacs nous meme. L'un des rabatteurs nous amene a une guitoune sensée etre le bureau de vente des tickets de bus. Quelques minutes plus tard, billets en mains, nous nous installons dans le bus. Mais surprise, l'assistant-chauffeur passe pour faire payer les passagers ! Nous nous sommes fait arnaquer par un faux guichetier qui vendait de faux billets. Apres avoir expliqué que nous ne paierons pas 2 fois et qu'ils n'avaient qu'a mettre de l'ordre dans leur gare, nous finissons par partir. Dés ce premier trajet nous sommes plongé au coeur des Hautes Terres avec les couleurs qui les caractérisent : le vert clair des rizieres et l'ocre de la terre malgache et des maisons de terre ou de briques.
Notre premiere étape est Antsirabe. L'ancienne station thermale de l'époque coloniale a toujours beaucoup de charme meme si l'activite thermale est aujourd'hui réduite. L'hotel des Thermes et son parc rappellent les stations thermales hexagonales. Phénomene accentué par les églises au coeur de la petite ville qui donne a Antsirabe un air de campagne francaise. Nostalgie quand tu nous tiens ! Et puis pour la premiere fois depuis notre depart, il pleut. La queue du cyclone stationnant au nord de l'ile apporte une pluie réguliere et soutenue pendant 48 heures. Une vraie journee d'automne, d'ailleurs dans la region c'est la période des vendanges, meme si les grands crus malgaches sont peu connus en dehors de l'ile ! Antsirabe, c'est aussi les pousse-pousses. Ils sont pres de 4000 dans la ville et la concurrence est rude. A notre arrivée a la gare routiere nous avions un peu de scrupules a monter avec nos gros sacs dans ces petites carrioles tirées par des petits bonhommes de 50 kg souvent plus tres jeunes. Mais il faut bien qu'ils travaillent, alors finalement on s'y fait et on paye largement la course. Les tireurs de pousse-pousses ne sont pas proprietaires de leur carriole qu'ils louent pour 3000 ariarys (un peu plus d'1 euros) par jour. La pluspart sont des paysans des alentours qui alternent le travail dans leur champs avec 8 a 15 jours de pousse-pousse en ville. La majorite d'entre eux travaillent pieds nus, les chaussures sont un luxe pour beaucoup de gens a Mada. D'ailleurs, en ces jours de pluie, beaucoup de gens marchent avec leurs chaussures a la main pour ne pas les abimer (surtout les ecoliers). Notre premiere matinée est consacrée a l'artisanat de la region. Mada en général et les Hautes Terres en particulier produisent un artisanat tres varié et de tres bonne qualite. Nous visiterons donc un atelier de miniatures (voitures, velos...) realisées avec des materiaux de récup, puis un atelier de fabrication d'objets en corne de zébus. Dans d'autres regions on peut aussi trouver de belles vanneries et un travail du bois, notamment de la marquetterie, de grande qualite. C'est d'ailleurs le seul pays ou nous avons failli a notre regle de ne rien acheter pout ne pas alourdir nos sacs. 

L'étape suivante est Ambositra (prononcer Ambouch), petite bourgade agréable au coeur du pays betsileo. C'est ici que nous avons fait une superbe randonnée jusqu'a un village zafimanieri. Journée que Christophe a racontée dans sa chronique "histoire d'une rencontre". Continuant notre route vers le sud, nous reprenons le taxi-brousse pour Fianarantsoa (prononcer Fianarantsou). Pour faire 180 km nous mettrons pres de 5 heures, plus 3 heures d'attente a la gare routiere. Il faut dire que nous avons fait une erreur de débutants : arriver a la gare en mi-journee, a l'heure ou les taxi sont les plus longs a se remplir. Quand au trajet, il est ponctué de nombreux arrets : pour prendre ou déposer des passagers, payer le backchich aux gendarmes, prendre un paquet a livrer plus loin, acheter du poisson ou des fruits en vente au bord de la route et faire pipi ... plus tous les autres arrets dont nous n'avons pas identifie la cause. Cote confort, 4 passagers sur une baquette a 3 places et un dindon sous les pieds. Arrivés a Fiana, nous sommes a la moitié du parcours, a 500 km de Tana. Fiana est une grande ville, construite sur de petites collines (un peu comme Tana). Moins agréable a mon gout que les villes précedentes. Nous nous balladons a travers la ville et au Zoma, le grand marché hebdomadaire.

De Fiana nous allons quitter pour quelques jours la N7 pour prendre le train jusqu'a Manakara. Ce train reliant les Hautes Terres a la cote Est de l'ile offre des paysages magnifiques tout au long de ses 170 km (effectues en une dizaine d'heures quand tout va bien). Le train fait 17 arrets pour prendre des passagers, mais surtout pour charger des marchandises qui rejoindront les ports de la cote. Dans le train nous rencontrons Nora, francomtoise et vétérinaire voyageant seule avec un 4x4 et un chauffeur. Nora nous propose de faire un bout de chemin ensemble. Nous repartons donc avec Nora et Bosco (notre chauffeur), rejoindre la N7 en passant par le Parc de Ranomafana ou nous verrons nos premiers lémuriens. 
Etape suivante : Ambalavo. Petite ville tres représentative de l'architecture des Hautes Terres avec ses maisons de briques a étages et balcons. Dans les villages, les maisons sont plus souvent en terre battue, mais toujours a étages, chaque niveau ayant sa fonction. Au RDC l'espace des animaux, au premier l'espace de vie de la famille et au deuxieme la cuisine, permettant ainsi aux fumées (on cuisine au bois) de s'échapper par le toit sans enfumer la maisonnée. Ambalavo c'est aussi le papier Antemoro, le papyrus malgache, aujourd'hui joliment décoré de fleurs naturelles. Le jour de notre passage se tenait le grand marche aux zébus. Les zébus viennent a pieds des regions du Grand Sud, apres parfois plusieurs semaines de marche. Ils partirons pour la pluspart en camion pour Tana et le nord du pays. Petit apparté sur une étrange tradition malgache : le vol de zébus. On peut dire que pour certaines ethnies c'est le sport national. En effet, les jeunes hommes doivent voler des zébus pour se marier afin de prouver leur courage a l'élue de leur coeur (c'est si romantique !). Cette tradition s'est "enrichie" depuis d'une plus classique activite de banditisme. Malgres les efforts de la gendarmerie, cette pratique est la hantise des éleveurs, d'autant plus qu'elle cause des morts, modernite oblige, les voleurs sont aujourd'hui armés. 
Quittant Ambalavo, nous quittons les Hautes Terres pour plonger dans le Grand Sud. Dans un paysage totalement différent, nous passerons 2 jours dans le Parc de l'Isalo (prononcer Ichal) : le Colorado malgache. Plus de rizieres mais de grandes plaines herbeuses, pour un peu on s'attendrait presque a voir un troupeau de bisons ! Nous passerons la Porte du Sud, la température augmente et la végétation devient semi-desertique.


Peu apres le massif de l'Isalo, se trouve la ville nouvelle d'Ilakaka. Il y a 10 ans Ilakaka etait un petit village de brousse, jusqu'au jour ou l'on y découvrit des safirs. Depuis c'est la "ruée vers l'or" et la ville a des airs de Far-Ouest. Des milliers de paysans pauvres ont quitté leur village pour venir creuser la terre d'Ilakaka en esperant faire fortune. Bien sur, pour la pluspart d'entre eux il n'y aura pas de fortune a l'horizon mais des conditions de travail difficiles et dangeureuses. On ne compe plus les éffondrements de terrain dans le gruyere d'Ilakaka. Quand a la fortune, elle sera pour les marchands Thailandais et Sri-Lankais qui achetent les pierres pour les revendre en Asie ou elles seront taillées et prendront leur valeur (un grand classique de l'exploitation de l'homme par l'homme). Comme toutes ces villes de prospecteurs, Ilakaka regorge de salles de jeux, bars et prostituées permettant aux mineurs de dépenser le peu d'argent gagné. Bien sur la criminalité fait partie du paysage et il est déconseillé de passer la nuit a Ilakaka malgré une présence militaire accrue. Notre voyage sur la RN7 se termine a Tulear, ville de soleil et de chaleur. Nous ne resterons pas a Tulear mais irons passer quelques jours de farniente dans un petit village de bord de mer : Ifaty. Et puisqu'il faut bien rentrer sur Tana, et qu'en saison des pluies c'est la seule route possible, nous referons le trajet en sens inverse. Totalement en taxi-brousse et d'une seule traite. 20 heures de taxi-brousse, bien que l'on ait acheté 3 places pour 2, le trajet est éprouvant. 3 chauffeurs se relaient, l'un d'eux ayant la grande idée de rouler feux eteints, jusqu'a ce que Christophe l'engueule. Les conditions de circulation seront difficiles, nous passons juste derriere le cyclone Ivan qui fera beaucoup de dégats sur le nord de l'ile. Rivieres en crue, rizieres inondées, chutes d'arbres et éboulements de terrain, le cyclone fera plusieurs milliers de déplaces et plusieurs morts sur l'ile Ste Marie, la plus touchée. De retour a Tana, nous avons fait un magnifique voyage sur la RN7. Il ne nous restera qu'a revenir en saison seche pour découvrir le reste de l'ile. 
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