
Mercredi 30 janvier 2008. Apres 5 mois de périple dans divers pays proche-orientaux et d'Afrique du NE, nous sommes à Madagascar depuis une semaine. Assez pour commencer à saisir l'extreme gentillesse des malgaches, et comprendre que la grande île rouge est bien à la frontière des influences africaines et asiatiques. Pas assez cependant pour comprendre la richesse et la diversité de la composition éthnique du peuple malgache. Comme d'habitude, nous ne ferons qu'effleurer cette société plurielle. Qu'importe. Récit d'une journée en pays Zafimaniery à 250 km au sud de la capitale Antananarivo. Roger, rencontré la veille à la maison des guides de Ambositra (on prononce "Amboush"), passe nous prendre vers 7h30 à notre hotel à bord d'une antique 4L conduite par un chauffeur et fraichement repeinte vert pomme. Direction le village d'Antoetra à 40 km au sud. D'abord 12 km d'une bonne route asphaltée, puis une piste plus ou moins defoncée. Pendant les deux heures de trajet, Roger nous explique dans un français impeccable l'histoire du peuple Zafimaniery et les caractéristiques de la région. Sous le règne Ranavola Iere au XIXeme siècle, ils s'y refugient pour échapper à la conscription militaire. C'est un pays de collines et de montagnes fertiles, 700 km2 et 25 000 habitants répartis dans une cinquantaine de villages. Premier arrêt en bordure de rizières, observation du système d'irrigation et des terrasses. 
Un paysage travaillé dans les fonds de vallée, tandis que les hauteurs se dénudent, résultat d'un déboisement intense et dorénavant dramatique. Les cours d'eau rougis tel des artères emportent la terre qui encombre les embouchures.
Second arrêt derrière un camion en chargement de sacs de riz pour le marché d'Antoetra qui se tient chaque mercredi matin, suivi d'une voiture utilitaire en panne. Attroupement d'enfants en guenilles pour profiter de ces quelques minutes d'embouteillage au milieu de nulle part, et finalement le moteur repart après une poussée collective. On arrive au lieu dit. C'est la foule des grands jours. Des villages alentours on se presse pour vendre la production (légumes, fruits, riz) et acheter le complément. 5, 10, 15 km de marche, allez savoir, puis retour, charge comprise. Et toujours dans la bonne humeur. Sur les sentiers on se salue et s'arrête souvent quelques instants pour bavarder. Nous partons pour un de ces villages, à 2h30 de marche d'Antoetra. On escalade quelques reliefs collineux. Notre guide nous explique la richesse de la flore et de la pharmacopé locale.
Sur les hauteurs, des pierres dressées sur un socle commémorent les morts que l'on "retourne" selon un cérémonial précis.

On déjeune de notre sandwich au zébu en vue du village dans un fond de vallée. 300 âmes, quelques dizaines de maisons très géométriquement regroupées, le tout entouré de rizières. Au milieu d'un espace ouvert au centre duquel flotte un drapeau, une école comprenant deux classes sommaires. Les maisons sont en bois, simples mais soigneusement ajourées et délicieusement décorées de portes et fenêtres sculptées de motifs à la symbolique traduisant cosmogonie et solidarité villageoise et familiale.
  Les greniers sont batis sur pilotis afin de conserver les récoltes a l'abri de l'humidité et des rongeurs.
Curieusement aussi une batisse à étage blanche avec, suprême luxe, une ampoule extérieure alimentée par quelques panneau solaire ou groupe électrogène. C'est jour de marché et nous ne trouvons au village qu'enfants et quelques vieillards. La grappe de marmots nous suit avec curiosité, les regards expriment interrogation sur ces étrangers venus d'une contrée lointaine, aux vêtements, chaussures et accessoires (lunettes, appareils photo) si élaborés. Notre guide nous invite dans la maison du patriarche du village. Notre homme a encore fière allure malgré ses 82 ans, son crane déplumé et son unique dent jaunie. A ses cotés se tient un jeunot de 65 ans. On nous acceuille avec la plus grande cordialité et ce cérémonial que l'on cultive encore dans toute culture essentiellement orale. Discours de bienvenu debout face à ses invités assis sur des fauteuils en bois, puis explication de la maisonnée à pièce unique. Toute l'orientation fait sens : un coin pour la cuisine, un autre pour le lit du chef de famille. Les enfants dorment sur des paillasses à même le sol. Au centre un poteau dans un bois très dur. Les plus agés s'y adossent lors des veillées où l'on palabre et écoute les histoires. C'est "l'école des anciens", merveilleuse formule que l'on devrait méditer dans nos sociétés aux classes d'âge si catégorisées et séparées par le culte du jeunisme, mais aussi le repli des plus âgés. Ici le vieillard cotoie l'enfant, dans une chaine de transmission cimentant la solidarité familiale et villageoise. Après une heure de discussion chaleureuse, nous laissons en partant une obole à nos hotes.
La découverte d'une culture régionale est porteuse d'enrichissement, cette journée nous l'a une fois encore démontrée. Ce tourisme à la rencontre de population oubliée peut être, nous en sommes convaincu, un moyen de développement mais aussi de préservation des cultures. Grâce à des guides passionnés des lieux comme des habitants, le tourisme sait parfois prendre une dimension éthique et respectueuse qu'il oublie trop souvent. |