
Voici un mois que nous sommes en Inde, il etait donc temps de vous faire partager mes premières impressions. De ce pays on dit souvent que l'on adore ou que l'on déteste. Certains repartent par le premier avion, d'autres restent des mois ou ne pensent qu'a revenir. Je ne me retrouve dans aucune de ces 2 catégories. Nous passerons deux mois en Inde, peut-etre y reviendrai-je un jour ? Le pays est vaste et nous ne serons pas allés en Inde du sud (tres différente du nord a ce qu'il parait). Mais il est certain que de tous les pays traversés, celui-ci ne sera pas mon préféré, loin de la. Plusieurs raisons a cela. Eh oui, l'Inde c'est sale, on le savait avant de venir et après tout, en Afrique ou ailleurs, on a deja connu des endroits pas très clean, on a l'habitude. Erreur ! Des égouts a ciel ouvert aux rues poubelles en passant par les hotels cradings, je n'avais jamais rien vu de tel. Dès nos premiers jours a Delhi, nous sommes dans le bain. Déambulant dans une ruelle, nous prenons sur la tete une cuvette d'eau sale, jetée de l'étage. Bapteme indien ! Mais on en verra d'autres des lancés de poubelles et dechets divers depuis les étages dans la rue. Les vaches et les chiens ne mettant pas longtemps a récupérer ce qui est consommable. Deuxième surprise, la visite de la grande Mosquée de Delhi. Toutes les mosquées visitées a ce jour étaient des lieux d'une grande propreté a l'ambiance sereine. Ici, une fois que l'on a posé ses chaussures mieux vaut regarder ou l'on met les pieds : détritus divers, fientes de pigeons jonchent le sol. Dans les temples hindous aussi il est d'usage de se déchausser, mais la aussi attention aux excréments des différents occupants des lieux : pigeons, singes, rats... Bien sur dans toutes les villes, il faut faire attention aux bouses de vaches, mais ce n'est rien qu'un léger désagrement a coté des odeurs d'égouts et d'urine.
De cette vie quotidienne, le plus extraordinaire est le rituel matinal des besoins naturels. En prenant le train de bonne heure, on peut voir le long de la voie ferrée dans la banlieue de Delhi, sur des kilomètres, des hommes accroupis et déculottés avec une bouteille d'eau a leur coté. Ils satisfont leurs besoins quotidiens, les uns a coté des autres, en regardant passer les trains. Parfois un rebelle se pose dans l'autre sens, du train on peut alors appercevoir une paire de fesses indiennes ! Quand aux enfants, ils n'ont pas d'heure ni de lieu spécifiques et s'accroupissent quand l'envie se fait sentir. Un peu scato ces quelques lignes, mais franchement c'est unique. Quand aux hotels et restaurants, dans les lieux touristiques on sauve les meubles, mais ailleurs si les chambres disposent toujours de la télévision avec des dizaines de chaines, l'ensemble (et surtout les draps) est souvent sale, voir d'un crading achevé. Avoir son propre sac a viande (aux 2 sens du terme) est un impératif. Mais le palmarès en matière d'hygiène revient haut la main a Bénares, la ville sainte, ou chaque jour des centaines d'hindous venus de tout le pays, s'immergent dans l'eau du Gange, sacrée et dégeulasse ... La pauvreté, me direz-vous est sans doute la cause de ce manque d'hygiène. On pourrait le croire si l'on n'avait pas parcouru de nombreux pays au moins aussi pauvres que l'Inde. Nous sommes bien obligés de constater que les causes profondes de ce phénomene doivent etre ailleurs. Il faut ajouter a cela le vacarme permanent de la rue indienne, avec sa circulation totalement anarchique et surtout l'usage intempestif du klaxone. Les chauffeurs de bus se prennent pour des pompiers et les innombrables conducteurs de motos et scooters slaloment toujours a fond entre les piétons, cyclistes et vaches, le klaxone remplacant les freins. Je dois bien reconnaitre qu'ils sont plutot habiles, mais j'ai toujours l'impression que je vais me faire rentrer dedans (ce qui est d'ailleurs arrivé avec un vélo). Peut-etre pourrait-on s'habituer a tout cela ? Mais pour parfaire l'ambiance locale, il faut y ajouter des gens souvent froids et distants et toujours etre sur ces gardes car l'arnaque du touriste est souvent la règle. Sensation désagréable que d'etre, sur un quai de gare, observée par des dizaines de personnes le regard fixe. On tente un sourire, un "namasté" (bonjour), pas de réactions, les regards restent fixes ! Etrange aussi de se voir fusillée du regard par le mendiant a qui vous venez de donner quelques roupies, l'obole était sans doute jugée trop chiche ! Heureusement on rencontre aussi des indiens souriants et chaleureux, les Sicks par exemple, sont très ouverts et curieux (dans le bon sens du terme). Je ne m'attendais pas non plus a ressentir aussi fortement les conséquences de la dramatique condition de la femme indienne. Faut-il le rappeller, ici la naissance d'une fille est une malédiction et beaucoup d'entre elles n'auront meme pas la chance de naitre puisque le diagnostic prénatal aura permis a leur mère d'avorter pour éviter la malédiction. Pratique accentuée par le développement économique qui ouvre l'accès aux techniques médicales a de nombreuses familles. Version indienne du progrès ? Dans les familles pauvres, les bonnes vieilles méthodes de l'infanticide et de la vente des petites filles restent courantes. Vous me direz que, sans connaitre ces excès, d'autres pays font subir aux femmes des sorts peu enviables. Mais c'est la première fois que je ressens directement ma mise a l'écart en tant que femme. Ici j'ai souvent l'impression d'etre totalement transparente, c'est toujours a Christophe que l'on adresse la parole et, chose inouie, lorsque je paye une addition c'est a Christophe que l'on rend la monnaie ! Meme lors des rares discussions que l'on peut avoir avec des indiens (toujours des hommes), il est très rare qu'ils m'adressent la parole. J'ai fait un jour l'expérience de tendre la main a un homme qui venait saluer Christophe (pour lui vendre quelque chose), il a brusquement retiré sa main d'un air paniqué et horrifié. Malgré tout cela, le pays offre de superbes sites : temples, palais, forteresses. Pour les amateurs d'art et d'architecture c'est une mine d'or. D'autant plus intéressant que ca ne ressemble en rien a ce que l'on peut voir dans d'autres régions du monde. Malgré quelques influences extérieures (Perses notamment), le style hindou est une vraie nouveauté pour le voyageur occidental. Des sites mondialement connu, tel le Taj Mahal ou les temples de Khajuraho et leurs sculptures érotiques, sont a la hauteur de leur réputation. Mais on peut aussi trouver, hors des circuits touristiques, de petites merveilles comme le village d'Orcha dans le Madya Pradesh ou la petite ville de Bundi au Rajasthan. Ces sites moins visités ne sont pas toujours bien entretenus, voir totalement a l'abandon (tel le fort de Bundi) ce qui participe aussi au charme des lieux. On ne se lasse pas d'admirer les sculptures des multiples temples et les fresques des palais d'une finesse exceptionnelle. J'ai aussi eu un vrai coup de coeur pour les multiples fresques que l'on decouvre au hasard des ballades en ville (au Rajasthan surtout). Anciennes ou plus récentes, elles ornent les murs de leurs couleurs chatoyantes, l'éléphant étant le sujet favori des artistes (et le mien aussi).
Pour ces superbes sites, mais surtout pour approcher un peu cette culture hindou, si fondamentalement différente de la notre, cela vaut la peine de prendre sur soi afin de surmonter les désagrements du pays. Il est dommage de fuir par le premier avion, meme si il est nécéssaire d'adapter son rythme et de se ménager des temps de pose et de recul (pour cela un bon stock de bouquins est impératif). Par contre il ne faut pas se leurrer, ici plus qu'ailleurs, le voyageur repartira avec plus de questions que de réponses. |