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Inde - Dharamsala


de Christophe, 14-05-2008

Quelques jours à Dharamsala, "le petit Lhassa"


En ce début mai 2008, nous passons une semaine à Dharamsala dans la région de l'Himachal Pradesh au Nord de l'Inde. La cité s'étage sur les contreforts himalayens entre 1200 et 1800 mètres d'altitude. En 1960, le premier ministre indien Nehru offre ce petit bout d'Himalaya aux réfugiés tibétains et à leur chef politique et religieux le Dalaï Lama exilés en 1959 du pays toit du monde envahi par le géant chinois en 1950. L'administration du gouvernement tibétain en exil se trouve en contrebas à Gangchen Kyiskong au dessus de Low Dharamsala. Nous séjournons plus haut à McLeod Ganj ou se trouve la résidence du Dalaï Lama et les principaux temples bouddhiques. Précisons que le bouddhisme, fondé au Vème siecle av. JC, était depuis longtemps implanté dans la région avant de reculer au profit du brahamanisme et de l'Islam. Nombreux bonzes tibétains mais aussi de toutes origines, et touristes fervants ou simplement curieux se pressent dans ces quelques rues remplies de guesthouses, de restaurants et de boutiques d'artisanat. Ambiance sympathique et relaxante après la furia des villes indiennes de la plaine, entre visites au temple de Namgyal, ballades en foret et contemplation des cimes de la chaine de Dhanla Dar culminant à près de 6000 mètres.  

 

 

 

 

 

 

 

Au delà de la religiosité décontractée qui imprègne les lieux, on ne peut échapper à la question nationale tibétaine. Deux aspects au fond intimement liés. Rappelons quelques données clés pour comprendre la situation du Tibet aujourd'hui.

- 1.2 million de morts depuis les débuts de l'occupation chinoise

- 110 000 exilés, principalement en Inde

- 6 000 monastères détruits

- nombre inconnu de prisonniers politiques, dont le jeune Panchen Lama

- territoire amputé avec la création en 1965 de la région autonome du Tibet comprenant la moitié du Tibet historique (2.5 millions de km2), le reste étant dépecé entre les provinces limitrophes chinoises

- militarisation du territoire avec de 300 à 500 000 soldats chinois, des bases aériennes et de missiles tactiques et stratégiques

- sinisation à marche forcée, surtout depuis 2000, par transfert de populations (on compte aujourd'hui 7.5 millions de chinois pour 6 millions de tibetains, et à Lhassa un ratio de 3 pour 1)

- environnement dégradé par la surexploitation forestière chinoise, source d'une érosion fluviale croissante; le pays est vraisemblablement utilisé par la Chine comme dépot pour ses déchets nucléaires

Ces derniers points sont favorisés par la construction d'une liaison ferroviaire Qinghai-Tibet ouverte en 2006, train le plus haut du monde, exploit technique et investissement financier considérable pour un enjeu politique de premier ordre pour le gouvernement chinois.

Comme tout impérialisme véritable dont l'objectif est de créer une situation irreversible, l'occupation chinoise s'accompagne donc au Tibet d'une politique d'acculturation plus ou moins contrainte. D'ou la présence, jusqu'au temple bouddhiste de Namgyal, d'affiches, de banderoles et d'expositions rappellant la situation tibétaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La religion, principal marqueur identitaire dans tout le sous-continent, comme enjeu de la question nationale. Rappelons le caractère non violent du bouddhisme tibétain incarné par le Dalaï Lama. Un symbole au pays de Gandhi. Un danger plus grand qu'on ne croit pour un régime chinois qui use de la répression au Tibet comme sur son propre sol comme en 1989 (année ou justement le Dalaï Lama reçoit le prix Nobel de la paix et la loi martial est instaurée à Lhassa). Voila quelques semaines encore en mars 2008, un nouveau mouvement de révolte à Lhassa et dans plusieurs ville tibétaines a été maté brutalement. Son caractère plus prémédité que spontanné ne semble faire aucun doute. Alors que le régime chinois cherche à faire des JO de Pekin de l'été 2008 une vitrine de son intégration dans le concert des nations (en particulier au niveau économique depuis son adhésion à l'OMC en 2001), les tibétains et leur gouvernement en exil y trouvent un écho puissant et la possibilité de troubler cette belle stratégie de communication. On imagine des autorités chinoises nerveuses (risques de boycott, manifestations...), alors que ces JO s'annoncent comme les plus couteux de l'histoire (on parle de 40 milliards de $).

Alors à chacun de choisir, en ame et conscience, son attitude face à cette nouvelle messe du sport olympique. Débauche une fois encore si loin de l'idéal de désintéressement de son fondateur Pierre de Coubertin. Et jours de liesse d'un universalisme aveugle.

Voir autres photos dans le dossier Dharamsala


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