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Inde - Delhi


de Christophe, 27-04-2008

Chronique de nos déboires de voyageur face aux administrations


Il fut une époque ou le voyageur pouvait traverser océans et continents sans besoin de montrer continuement patte blanche. Puis la multiplication des Etats-nation (au plus récemmenent suite à la décolonisation et à l'éclatement de l'URSS) ont dressé des frontières et les nationalismes ont durci les exigences douanières. Conséquence des susceptibilités nationales, un temps souvent considérable d'attente et de paperasseries diverses, aux postes frontière comme ailleurs. Face B de la mondialisation. Bien sur tout bon guide de voyage ou tout routard caparaçonné insisteront sur la qualité première a cultiver en voyage : la patience. Et une bonne une dose de philosophie, curieusement synonyme en la matière de fatalisme. Pourtant amis lecteurs, vous sentirez parfois dans dans ces lignes une certaine crispation, pour ne pas dire un agacement certain. Voici donc la chronique de nos relations avec les administrations douanière et policière dans les pays traversés.

Commençons par un paradis, la Turquie. Tout européen y est recu comme un roi. Aucun visa, pas de controle à tout va. Cela en dit long sur les intentions pro-européennes des autorités.

Armés de notre visa préalablement demandé en France, nous nous présentons ensuite à la frontière syrienne. Nous rentrons dès lors dans un autre univers. Une longue route barbelifiée sépare les deux postes frontière, signe de la méfiance entre les deux pays. Dans ce no man's land, des centaines de camions attendent des heures et sans doute des jours. Déja des portraits des El Assad père et fils. Descendre du bus, faire la queue dans le plus parfait désordre pour un premier controle des passeports, remonter dans le bus, puis re-controle plus pointu. Au total, 2h30 pour franchir cette frontière capharnaum étirée comme le temps nécéssaire à son passage. Cette première impression se confirme à Damas au moment de renouveler nos visas, valables seulement 2 semaines, pour un dépassement de 2 jours (il est préférable d'etre au clair avec les autorités syriennes...). L'administration chargée des questions migratoires est pleine de militaires, de bureaux, de tas de papiers jaunis surchargeant le mobilier, ...et d'étrangers, pour la plupart arabes. Le tout dans un désordre indescriptible, chacun se faufilant, outrepassant le vague début d'ordonnancement. Nos militaires gratte-papier nous re-expédient d'abord au dehors afin de photocopier passeports et formulaires, puis nous baladent d'un bureau à un autre. Et pour finir, une ultime paraphe du général de ces lieux (si si, véridique). Cette fois, une queue superbement agencée, quasi milimétrée, jusqu'au bureau du galoné ou une télévision tourne dans le vide, tandis qu'une intendance présente les documents à sa majesté. Le préposé invite bientot Agnès à passer devant ces messieurs (une politesse assez commune ici) pour recevoir l'onction. Une fin quelques peu comique, un univers ultrabordélique (qui aurait cru pour des militaires !) et, sans aucunement déflorer le terme, kafkaïen.

Passons rapidement sur la Jordanie, là encore un nirvana du voyageur. Le vaste poste-frontière avec la Syrie inclut, comble du luxe, un magnifique supermarché duty free. Le visa s'y obtient sans peine en quelques minutes par l'entremise de deux bureaux, autant dire une misère. Si l'entrée s'avère aisée, la sortie du royaume Hachémite est en revanche plus compliquée. On ne vous lache pas comme ça ! Ayant choisi la porte maritime pour nous rendre en Egypte, nous découvrons les joies des ports-postes frontaliers. Taxe de sortie (à mon age je ne sais toujours pas a quoi ça peut servir) de 10 dinars jordaniens (10 euros), payable dans un bureau deux étages en dessous du poste de douane, accessible par un chemin connu seulement des initiés. L'information nous est bien entendu divulguée après avoir changé nos devises restantes, toute autre devise étant bien entendu refusée. Re-change et double commission. Difficile ensuite de faire admettre que l'on souhaite prendre le ferry lambda (celui ou l'on s'entasse, qui ne part qu'une fois -sur-chargé, etc) à 50$ et non le très profilé navire rapide à 70$. Un touriste n'est pas à 20 $. Ben si. Et puis aucune contrainte de temps (3h contre 1h de traversée, c'est pas la mer à boire...).

Les autorités égyptiennes nous réclament à l'intérieur du ferry pour un très classique formulaire (genre vous venez en Egypte : 1 pour du tourisme, 2 pour un odieux traffic de cocaine. Cochez la bonne réponse). Rassurés, visa en règle acquis sereinement au consulat égyptien d'Aqaba, nous tachons de profiter de cette courte traversée de la mer Rouge. Amarrage interminable, puis 1h d'attente avant de pouvoir quitter le navire dans la cohue. A notre grande stupeur, nos bagages ont disparu du pont inférieur. D'un geste nonchalant, un membre de l'équipage nous indique la zone de douane que nous rejoignons, entassés dans un bus sans age. Soulagement, au sol gisent nos bagages, déversés comnme par un camion-bène. Nous passons enfin la "douane" dans le plus grand désordre. Aqaba étant un port jordanien en zone franche, de nombreux égyptiens s'y ravitaillent en effet en produits de toute sorte pour revente. Aussi pléthore de sacs et de cartons chargés au coude à coude sur la table de controle, face à laquelle trone un "douanier" sans uniforme. Vérification des marchandises, palabre..., et échange discret de billet pour accélérer les opérations. Nous passons, ou plutot littéralement franchissons l'obstacle, sans subir le racket. En somme, une après-midi transfrontalière maritime cocasse. Hors cette entrée en fanfare que la plupart des touristes au pays des Pharaons ne connaitront pas, nous n'aurons que peu affaire à son administration, sauf pour un bref renouvellement du visa à Louxor (en 1h environ et pour un prix dérisoire). Précisons quand meme que chaque hotel, du grand luxe au plus miteux, enregistre l'identité de ses hotes étrangers. En Egypte comme dans la plupart des pays traversés d'ailleurs, les services de police et d'immigration veillent.

Arrive enfin celui que l'on redoutait, le pays prince de l'emmerdement administratif, le champion de tous les tatillons. Bienvenu au Soudan.

Soudan en Egypte, acte I. Retournons au Caire à la mi octobre pour l'obtention du visa soudanais. D'abord trouver cette fichue ambassade, s'y casser les dents une première fois, ramadan oblige. Y revenir donc, remplir avec soin un fomulaire, payer les photocopies que l'on y fait, une bonne heure de queue façon boite de sardines pour remettre le dossier à un guichet, puis un second pour régler la somme astronomique de 100$ (en devise US bien entendu) par passeport. Revenir l'après-midi ou l'on vous remet tout sourire, comme une récompense, le couteux tampon.

Soudan, acte II. Nous nous y rendons en franchissant la seule frontière autorisée avec l'Egypte, par le lac Nasser, histoire de mieux la cadenacer. Mis en eau au début des années 1970, il noie la Nubie sur plusieurs centaines de kilomètres de long. Le port égyptien, au sud d'Assouan, présente encore bien. Arrivés a 8h en vieille Peugeot 503, 2 bonnes heures nous sont nécéssaires pour accéder au ferry après plusieurs controles des passeports. Le navire parait ridicule comparé aux mastodontes de croisière accostés a côté. Nous prenons nos quartiers dans une cabine minuscule à l'avant du rafiot, réservée par miracle l'avant-veille pour 55$ par personne. La suite est affaire de patience : 12h avant de lever l'ancre peu avant la tombée de la nuit. Pendant cette longue journée, le ferry remplit ses cales de produits divers, déversés par des camions chargés jusqu'a des hauteurs prodigieuses, et montés a bord à dos d'hommes dans les cris et la douleur. Parallèlement, les voyageurs (commerçants soudanais et touristes, dont 2 cyclistes allemands qui ont toute mon admiration) s'entassent littéralement sur le pont et dans les entreponts. Tandis que nous nous endormons, bercés par le doux mouvement du navire, je songe avec sadisme à tous ces infortunés passagers, qui auront néanmoins peut-etre la consolation d'apercevoir au loin le temple d'Abou Simbel. Au matin, les toilettes communes se sont transformées en cloaque immonde. Un officier nous fait remplir un formulaire d'immigration. A midi, nous accostons enfin à un quai, bordé de quelques batiments comme perdus au milieu d'une côte désertique. Comme nous le savions déja d'expérience, accoster n'est pas descendre (ha! le transport aérien...). Alors que les passagers encombrent déja les coursives pour gagner (ce terme n'a jamais été aussi vrai qu'en ces circonstances) la sortie, on m'apprend qu'il faut récupérer le précieux document. Apres une remontée à contre-courant, on me remet au hasard celui d'un quidam, et me voilà Joana, sociologue allemande. Nous joignons le flot avide des passagers, et remettons le papelard à des militaires qui s'empressent aussitot de le chiffonner. C'est dire... Les étrangers non africains sont ensuite dirigés vers la zone de douane. Face aux tables de contrôle des bagages, un douanier en chef, tout rempli de son devoir, nous explique la procédure, avant qu'un passager apparemment au fait de la choses ne le retoque. Palabre. J'avoue n'y rien comprendre, mais nous voilà bientôt dans une salle a côté pour le contrôle des passeports et un nouveau formulaire, avant retour dans la salle des bagages. Dans le flottement généralisé, et croyant dans l'intervalle leur contrôle effectué, nous saisissons nos sacs et nous dirigeons vers la sortie. Un militaire nous arrete : "pas de pastille !". Notre galoné y accole prestement un autocolant que le bidasse borné paraphe, débordant lamentablement son épais feutre sur mon sac. Je le foudroie du regard et me retiens pour ne pas l'engeuler, tandis qu'il nous dirige vers la sortie d'un geste mi-géné mi-indifférent. Une entrée en matière magnifique. Tranquille dorénavant ? Que neni, l'aventure ne fait que commencer.

Soudan, acte III. Nous passons une après-midi et une soirée paisible dans le petit bourg de Wadi Alfa perdu au milieu des sables. Le lendemain matin, petite mise en jambe en allant acheter nos billets de train (Wadi Alfa - Atbara, 600km et 17h à bouffer de la poussiere) en 3 temps et 2 bureaux (pourquoi faire simple...), avec l'aide d'un autochtone blasé. Maintenant chaud (sans compter les 35 degrés bien sonnés), nous occupons l'après-midi à l'enregistrement au bureau de l'immigration. Environ 2h de crapahutage d'un bureau à un autre, foultitude de signatures, de tampons et de timbres. Pas moins de 6 étapes. Salut Ubu, Kafka et autre Orwell ! Et une addition salée pour couronner le tout : 45$ par personne, qui s'ajoutent aux 100$ du visa. Pourquoi ? Je réclame des explications, gueule modérément, sans réponse précises : c'est comme ça, vous n'avez qu'a aller à Khartoum où ce sera encore plus cher (!), bla-bla-bla. En réalité, aucune raison à ce racket administratif, sauf alimenter une administration militaire manifestement pléthorique et peu concernée. La machine marche pour elle meme. Peut-etre les autorités soudanaises y voient-elles une source de devises, ce qui serait alors des plus absurde.

Soudan, acte IV. Scene 1. A Atbara, nous nous rendons dans une antenne du ministère du tourisme. Accueil chaleureux, bureau immense et fauteuils moelleux. Notre guide, qui n'est pas la Bible, mentionnait un droit de visite des sites historiques, et nous voulions contempler les pyramides de Méroé. Qu'en est-il ? On ne sait pas, on n'est pas sur. Merci, au revoir. Scene 2. A Shendi, ou nous logeons une nuit dans un très sordide "hotel" à 2$. Nous démarchons en taxi les administrations nécéssaires. Un premier bureau dont nous ne comprenons pas l'objet ou nous remplissons un énième formulaire, puis la police qui nous explique que l'on n'a plus besoin depuis un an d'autorisations pour les sites patrimoniaux. D'accord, mais faites passer l'info à vos collègues du tourisme alors...

Soudan, acte V. Nous voila à Khartoum, l'Everest de la connerie administrative. Nous y logeons dans un hotel qui ne vaut pas les 40$ qu'il nous réclame (chambre jamais nettoyée en 5 jours, accueil froid, pas de petit dej', etc), mais difficile d'y trouver moins cher, sauf tomber dans le glauque. Nous accordons notre première matinée à l'ambassade d'Ethiopie pour y obtenir le visa. Un bonheur ! 20 petites minutes, 3 guichets clairement numérotés dans une meme pièce, 20$, repassez dans deux heures. C'est tout. Sur la lancée, un petit tour à l'ambassade de France pour s'y faire connaitre (elle aurait du nous envoyer un email pour confirmer notre sortie du pays, on attend toujours...). Le lendemain, retour aux obscures arcanes soudanaises. Nous pensons naivement expédier nos démarches en une matinée. Nous avons besoin d'un "travel permit" pour nous rendre à Port Soudan au NE. Le réceptionniste de notre hotel prétend qu'il n'en ait pas besoin, contrairement à celui d'un hotel voisin plus chic, nous engageant à chercher un poste de police. Dans la confusion de la communication, deux taxis nous baladent successivement vers des gares. Un troisième nous mène finalement au ministère du tourisme, fort mal indiqué évidemment. Quatre personnes dans un bureau, dont l'une concentrée sur son tricot. Un charmant messieur nous explique que l'on ne délivre ici que le permis de photographier, gratuit, parfaitement inutile et que personne ne demande plus. Nous ne faisons d'ailleurs pas de zèle à son sujet, et l'on ne nous le propose pas non plus. Je demande quelques informations sur le travel permit (ou aller, quel prix, etc). On ne sait pas. Pouvez-vous alors déranger (Coluche disait "réveiller") un collègue, un service, pour en savoir plus ? On ne peut pas, nous dit-on portable posé sur le bureau, faites le vous memes. On nous accorde finalement généreusement une adresse : le ministère des affaires humanitaires et de l'immigration, prenez un taxi. Je m'énerve et commence à gueuler devant tant de détachement. A quoi servez-vous ? Une dame sort alors de sa léthargie, croyant manifestement avoir affaire à un touriste richissime et arrogant : "en France c'est aussi cher et compliqué". Elle n'y a sans doute jamais mis les pieds. Excusons la, peut-etre confont-elle avec les bureaux de la secu ou des rectorats. Fin du débat. Nouveau taxi pour le lieu dit. Deux bureaux et un interlocuteur plus loin : "vous devez demander une lettre au ministère du tourisme". J'explose ! Nous y étions il y a 20 minutes, et ils ne savent rien ! Après une apre discussion, plus besoin de lettre. On nous donne cependant un formulaire, à compléter et dupliquer soi-meme. Mais il vous faut absolument le tampon bleu d'enregistrement des étrangers a Khartoum, ce qu'un allemand aussi dépité que nous confirme. Un soudanais faisant relai entre des ONG et les administrations approuve avec fatalisme notre désoeuvrement. Effondrés, nous rentrons à pieds à l'hotel. Facture de taxi pour cette matinée : 36 livres soudanaises (18$). Après une pause sandwich, je décide d'affronter à nouveau cette administration-gestapo tandis qu'Agnès reste à soigner un mal de tete, on la comprend. Suis-je borné ou masochiste ? Je prend d'abord mes renseignements auprès du très antipathique proprio de l'hotel qui m'indique l'Alien Registration Building, non loin de l'ambassade américaine (une forteresse !). Je trouve assez vite, passe outre la queue aux guichets au dehors, et rentre dans le premier bureau ou l'on me donne un formulaire. Un type vautré me dit que ce sera 60$. Ha ? J'entre dans un second bureau, puis un troisième. Longues parlementations avec plusieurs fonctionnaires en uniforme ou en civil. On me réclame une preuve de résidence dans un hotel, une lettre, un tampon, ou, tenez-vous bien, quelqu'un à leur amener comme sur un plateau. C'est comme ça. Je rappelle les 145$ déjà dépensés, qu'il est peut-etre temps d'arreter de se payer ma tete, tout cela ne suscite que regards moqueurs (c'est vrai, qu'est-ce que 145$...). On fait mine finalement de me faire une fleur : seulement 10 livres soudanaises. Mais attention, demain ça passe à 20 livres. Pourquoi ? Mystère. Ces types sont des sadiques. Il est déjà 16h passé, l'administration ferme dans moins d'une heure. Je retourne fisca à l'hotel ou le receptionniste ne semble pas surpris de la demande de preuve. Les bras m'en tombent. Il me prépare un papelard tandis que je monte en chambre (Agnès dort...) prendre des photos d'identité. Puis à nouveau la course chez mes amis de l'immigration. Il est 16h45. Evidemment, plus personne. Je croise un grand chef entraperçu précédemment. Ca ne va pas, il faut emmener une personne de l'hotel, pas de dicussion, revenez demain, rideau. Je suis au bord de la crise de nerfs. Je trouve un autre type qui prend mes papiers. Le chef le rejoind, et l'on décide finalement après conciliabule que c'est OK. Le gradé fait mine de m'accorder une faveur du haut de sa grandeur et de ses immenses responsabilités. J'en rajoute dans la lech : vous etes si bon, si beau... Un dernier bureau avec un fonctionnaire en uniforme et une secrétaire. Moult paraphes, on me demande de m'éloigner un instant, sans doute que le secret-defense est en jeu, et enfin ! On me remet en main propre nos passeports revetus de leur magnifique autocolant bleu, lequel complète, sur deux pages, l'attirail de visa, tampons et signatures pour le Soudan. Je sors soulagé, mais aussi anéanti, tétanisé. Administration incompétente, incohérente, discrétionnaire, tortionnaire. Quand la bureaucratie marxiste rencontre l'inorganisation à l'africane, Kafka et consort sont à jeter aux oubliettes. Nous décidons d'abandonner notre escapade à Port-Soudan et de quitter au plus vite un pays (c'est à dire ses autorités, non ses habitants) qui, décidement, n'a qu'un piètre sens de l'hospitalité. Sans compter plus dramatiquement que l'argent qui nous a été extorqué pourrait bien servir dans la guerre au Darfour. Quinze petits jours dans un pays grand comme 5 fois la France.

Après cette rude expérience soudanaise, nos enquiquinements administratifs ne sont plus à priori que bilevesée. Toutefois ils méritent d'etre signalés tant ils sont révéleurs de l'état de notre époque. Plutot qu'une approche nationale, nous ferons cette fois un tir groupé car ils appartiennent dorénavant à une meme problématique. Face à la lenteur des transports terrestres africains, aux difficultés à franchir un Mozambique très sous équipé en infrastructures (surtout dans sa moitié nord), sans boussole (nos guides francophones de Tanzanie, Mozambique, Madagascar et Inde ne sont jamais arrivés en poste restante à Addis Abeba), enfin soucieux de partager au mieux notre année entre Afrique et Asie, nous décidons de couper court. Malgré nos principes de départ, nous nous résignons à prendre davantage l'avion. Nous rentrons dès lors dans un engrenage infernal.

Scène 1 en Ethiopie. Désireux d'éviter le Kenya que nous connaissons déjà un peu et au nord habituellement troublé (bien nous en a pris d'ailleurs vu l'anarchie post élection présidentielle) nous nous rendons à Addis Abeba dans une agence d'Ethiopia Airlines. Le préposé nous refuse la vente d'un vol sec pour Dar es Salaam faute d'un billet de sortie, au mieux d'ailleurs pour la France nous conseille t-il. Nous nous rendons aussitot à l'ambassade tanzanienne ou une dame sympathique s'étonne de cette exigence, tout en refusant d'intervenir auprès de la compagnie ou de nous fournir un quelconque document officiel. De retour à l'agence, nouveau refus. Nous nous rendons alors dans une agence de voyage d'un hotel de luxe (au nom d'une blonde décervelée quasi déshéritée, la pauvre...). Sans coup férir, on nous vend sans problème notre billet d'avion, toujours sur Ethiopia airlines. Nous comprenons encore mal pourquoi compagnies aériennes et autorités nationales n'accordent pas mieux leurs violons. Sans parler des différences entre agences.

Scène 2 en Tanzanie. L'affaire se complique puisque notre objectif est Madagascar, et pas de vol direct. Direction l'agence de South Africa Airlines, pour un vol avec escale à Johannesbourg (l'autre hub régional étant Nairobi, inenvisageable en l'état). Après de longues explications et de non moins longues recherches, notre interlocutrice, serviable et à priori tres compétente, nous refuse la vente. La encore, il nous faut un billet de sortie. Très bien, va pour la Réunion à quelques encablures, dont nous lui apprenons au passage le caractère français. On nous renvoie à quelques mètres au bureau d' Air Mauricius qui ne peut nous délivrer en Tanzanie ce billet, sans plus de motif. Autre solution : obtenir de l'ambassade de France une attestation officielle de sortie de Madagascar. Légerement étonnés, mais devant l'aplomb et le sérieux de la dame, nous obtempérons. Initiative malheureuse et pour tout dire, ridicule. La jeune assistante consulaire refuse tout d'abord cette demande originale qui contrevient à ses champs de compétence. Mais alors que deux francais motorisés se débattent pour savoir comment franchir l'obstacle kenyan, elle nous rédige finalement avec bonté mais sans conviction une attestation officielle. Juré grand dieu, foi de fonctionnaire, nous quitterons Madagascar dans les délais du visa et serons des touristes exemplaires ! Bien entendu, l'employée de South Africa Airlines, après avoir montré ce curieux document à son supérieur histoire de se couvrir de sa bévue, nous en refuse à nouveau la vente. "Ce document n'apporte aucune garantie". Bien sur malheureuse ! Furieux, je claque la porte. Je fulmine en réalité surtout contre notre propre naiveté. Après réflexion, nous décidons d'agir comme à Addis Abeba. Direction une agence de voyage sérieuse dans un grand hotel, ou l'on achète deux Dar es Salaam - Tananarive via Johannesbourg (sur South Africa Airlines donc) et deux Tananarive - La Réunion (sur Air Maurice). Finalement rien de bien sorcier, il suffisait de s'adresser à un généraliste. A moins que l'on ne prete qu'aux riches...

Scène 3 à Madagascar. Petit avant-propos en guise de hors d'oeuvre. Nous obtenons le visa malgache à l'aéroport de Tananarive pour la modique somme de 57 euros, contre 15 seulement jusqu'en décembre. Outre cette très légère inflation qui nous met d'arrivée de bonne humeur, le préposé tartine notre passeport d'une epaisse couche de timbres en guise de visa, en lieu et place des habituels tampons ou autocolants stylés. Revenons maintenant à nos moutons avec une variante à la (re)belotte. Nous cherchons à Tananarive à préparer notre future étape indienne, soit visa et billet d'avion, car Air Maurice assure des vols via son territoire. Pour la visa cela semble un peu compliqué et bien long car il faut demander une autorisation à l'ambassade indienne en France. Pour le billet, Air Mauricius refuse, peu courtoisement d'ailleurs, invoquant toujours les memes raisons. Quelques aller-retours assez ahurissants entre l'agence et l'ambassade ou l'on nous affirme ne pas réclamer de billet de sortie sans pour autant nous expliquer pourquoi Air Mauricius l'exige. "C'est leur affaire, voyez avec eux". C'est tout vu, nous attendrons d'etre a La Réunion.

Scène 4 à La Réunion. Passage en deux temps au consulat indien pour un visa de 50 euros pour 3 mois au lieu de 6 (sur décision semble t-il du consul local), plus 16 euros pour l'aval par fax de l'ambassade indienne a Paris (ce qui fait cher du fax...). Puis achat dans une agence Thomas Cook, après bien des tergiversations mais avec des professionnels compétents, d'une cascade de billets : La Réunion - Maurice, Maurice - Delhi, et Delhi - Istanbul. Nous espérons sur place faire annuler ce dernier vol, remboursable, au profit d'un Delhi - Téhéran que l'on ne peut nous vendre à Saint-Denis de La Réunion pour des raisons de non convention entre agence et compagnie (et sans doute tout un tas d'autre raisons liées aux relations avec l'Iran...). Nous ajoutons donc dans l'affaire une étape mauricienne de 6 jours, histoire de collectionner une ile de l'océan indien supplémentaire.

Scène 5 à l'Ile Maurice. A notre arrivée à l'aéroport mauricien, l'agent chargé des controles de passeport nous demande, comme prévu, notre billet de sortie que, blasés, nous lui remettons. A notre grande surprise, il nous réclame la suite. "Avez-vous un billet d'Inde pour la France ?" En quoi ça le concerne ? Une preuve de sortie de l'ile Maurice ne lui suffit pas, il faut qu'il s'occupe aussi des affaires indiennes ! Interloqués mais aussi quelque part très fièrs nous lui remettons alors le billet Delhi - Istanbul. Aussi sec, notre cerbère s'enquiert alors d'un billet de sortie de Turquie ! Jusqu'ou s'arretera t-il dirait Coluche ? Du délire. Refus de nous laisser franchir la frontière, parlementations avec son supérieur, explications quasi géopolitiques sur les relations entre Turquie et UE. Finalement, peut-etre conscients de l'absurdité de leurs exigences en cascade, on nous laisse enfin entrer en territoire mauricien.

Scène 6 en Inde. Première difficulté, obtenir, en Inde, le visa iranien. Un petit tour à l'ambassade d'Iran pour recevoir un refus sans appel (c'est déjà difficile en France, alors...). Le préposé, peu concerné, nous signale quand meme la solution du visa de transit de 7 jours à prendre à l'arrivée à l'aéroport. Les forums sur internet témoignent par ailleurs de la possibilité de le faire prolonger d'une semaine. Pas si mal. Nous entamons toutefois parallèlement des démarches par internet avec une agence de visa française. Deuxième étape, l'achat dans une petite agence de voyage et sans difficulté particulière, du billet Delhi - Téhéran sur une compagnie iranienne. Aucune exigence de billet de sortie car nous souhaitons ensuite rejoindre la Turquie en train, et avons pour nous le précédent d'y etre déja rentré par un vol sec avec sortie par voie terrestre au tout début de notre périple.

Conclusion. Que retenir au fond de ces embrouillaminis répétés ? D'abord qu'autorités migratoires et compagnies aériennes fixent chacunes leurs propres règles sans établir de cohérence. Ces dernières se couvrent manifestement plus que nécéssaire face au risque de refus d'entrée en territoire, car elles sont alors en charge du rapatriement des passagers (parfois involontairement) fautifs. Les autorités migratoires des Etats cultivent de leur coté l'ambiguité, variant les règles au gré des relations diplomatiques et des représentations consulaires. Pour au bout du compte jouer sur deux intérets : ouvrir les frontières au tourisme tout en faisant la chasse aux clandestins potentiels. Au dessus de tout cela l'ombre d'un certain 11 septembre et des relations internationales qui se teintent de paranoïa. Au bout du compte, une grande difficulté à voyager à l'improvisation, à passer de pays en pays par les airs au gré de son inspiration. Aucune problème en revanche aujourd'hui à faire un aller-retour, dans le cadre bien pépère d'un voyage organisé en particulier. Ni meme, toute proportion gardée, à passer par les voies terrestres ou aucun billet de sortie ne peut etre exigé, paradoxe supplémentaire. Mais aller par les airs d'un pays étranger à un autre sans passer par la case maison vous augurera dorénavant des pires difficultés.

 

suite en travaux à ç é è ï î ô ù


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