
L'Ethiopie, beaucoup de voyageurs l'ont dit, est un pays a part : une autre Afrique. Riche de son patrimoine historique et culturel remontant aux premiers temps de la Chretiente et se referant aux legendaires roi Salomon et reine de Sabah. Fiere d'etre le seul pays d'Afrique a ne pas avoir ete colonise l'Ethiopie est aussi le seul pays a avoir inflige une cuisante defaite a une armee europeenne (les Italiens). Mais là n'est pas mon propos. Ce qui fait la particularite de ce voyage en Ethiopie, c'est cette impression de faire un voyage dans le temps, d'etre transporte dans un autre siecle. C'est, bien sur, surtout dans les campagnes que ce voyage peut se faire. Les villes offrent comme partout dans le monde le confort et les services (meme a minima) de notre monde moderne. 
Quoique ! Notre premier transport dans le passé a eu lieu a Gondar (ville moyenne du nord du pays) lors de la visite d'un site (les bains de l'Empereur Fasilidas) en cours de restauration. Le chantier occupait de tres nombreux ouvriers (des ouvrières plus precisement), et pour cause, aucune machine n'etait presente sur le chantier. Le transport des materiaux etait assuré par un grand nombre de femmes qui, deux par deux a l'aide de petits brancards, transportaient de petites quantites de terres, pierres ... La taille des pierres se faisait au burin et marteau (toujours par des femmes). Je me suis crue alors a Guédélon, ce site de Bourgogne où l'on construit un chateau medieval avec les methodes de l'epoque ! Mais c'est surtout en sortant de la ville que l'ampleur du phenomene est saisissant. En ce mois de decembre, nous sommes en pleine periode de moisson, l'activite bat son plein dans les champs. On peut donc voir en circulant (la lenteur des transports nous en laisse le temps), des hommes, des femmes et des enfants occupes a faucher le tef (base de l'alimentation) a genoux, a l'aide de simples faucilles. Des petits tas sont constitues avant d'etre regroupes pour former des meules. Le tef sera ensuite longuement foulé par des boeufs ou des chevaux afin d'en extraire le grain. Les hommes nettoient alors ce grain en le ventillant a l'aide de paniers avant de le mettre en sac. Le transport de la paille et des sacs de grains se fait a dos d'hommes, de mules ou d'anes ; meme l'utilisation de charettes semble rare dans certaines regions. La moisson terminée, la terre est retournée par une simple araire tirée par un boeuf. 
 
Bien sur, dans ces conditions, l'agriculture occupe 85% de la population active. Et elle a parfois du mal a nourrir les 70 millions d'Ethiopiens lorsque les conditions meteorologiques sont trop defavorables. |