
Mi juin 2006 : papa nous quitte. Un cancer du pancréas l'emporte dans sa 62eme année. Premiers symptomes un an et demi plus tot (violentes douleurs au ventre et au dos), premier diagnostic après six longs mois. Inégal combat entre une chimiothérapie et une carrière dans la vente d'engrais et autres pesticides. La médecine prend d'ailleurs conscience depuis peu du role de notre environnement chimique (lire n'importe quelle étiquette de produits alimentaires, de beauté, de nettoyage...) dans la véritable épidémie de cancers dans nos sociétés modernes. Cette année là, je me jette à corps perdu dans une 3eme tentative d'agrégation interne d'histoire-géographie. L'expérience aidant, une stratégie affinée, de nouvelles questions attrayantes (l'Afrique !), la chance peut-etre, me voila recompensé fin avril 2006. Joie dans ses yeux, comme agrandis par ce visage émacié. Quelques jours plus tard, hospitalisation, 5 semaines de lutte, et une dernière espérance à 10 jours du terme. Comme s'il m'avait attendu, comme si nos tempos s'étaient accordés. La douleur succède à la joie, le tout s'entremelle dans la confusion. Je finis l'année en roue libre. Fort heureusement, les services du rectorat gérant les professeurs nomades comme moi (appelés techniquement TZR) m'avaient accordés, pour la 1ere fois en 8 ans, un 3eme trimestre particulierement allégé. Quelques heures de soutien dans le collège ou j'officiais, et un bref remplacement dans un mini collège au fond de la campagne de Puisaye. Encore un coup de pouce, un arret du temps, pour soigner la préparation aux oraux du concours, et accompagner les dernières semaines de mon père. Passons sur les vacances estivales, pour une fois trop longues, à ressasser. Une petite rando dans le Morvan avec Agnes et ma soeur Christine au mois d'aout, et une panne opportune de godillot me force à rentrer en stop et en tongs. Enfin la rentrée, s'occuper l'esprit, combler ce temps qui s'était mis à jouer des tours. Un lycée cette fois, et plus que jamais ce sentiment de n'etre qu'un remplaçant, un prof de passage, une nouvelle titulature en plus. Vacances de la Toussaint 2006 : les premières douleurs au dos apparaissent. Le Tonnerre s'abat sur Rome. Pendant ce temps, ma colonne se courbe, se fossilise. Rapidement, tout mouvement devient difficile, toute position inconfortable. Ce n'est pourtant pas la première fois, le lambago et le tour de rein se rappelant à moi regulièrement depuis celui occasionné par une magnifique volée de revers (la seule jamais faite je crois) voila une quinzaine d'années. Mais cette fois pas de rémission en quelques jours, l'affaire s'enracine. Au bahut, je deviens prématurément le vieux prof rabougri, contraint de se garer au plus près, économe de ses mouvements, grimaçant. En bon cartésien, je m'imagine que la mécanique du corps aura cette fois besoin de plus de temps, l'age croissant sans doute... Finalement, l'habitude s'installe, comme un handicapé contraint par sa situation. Une visite chez une osthéopathe auxerroise me convint pourtant que la panne a peut-etre d'autres sources. Et aussitot l'annonce faite arrete t-elle toute manipulation douloureuse. "Ça passera...". Le tronc est cet espace central, une jointure. Fin octobre 2006 : puisque si la tete ordonne au reste, puisqu'il ne faut pas mourir idiot, alors je fais, avec Agnes, le grand saut. J'envoie au rectorat une demande de mise en disponibilité sans solde pour la prochaine année scolaire. Plus moyen de reculer. Apres 3 à 4 mois de blocage, je recouvre très lentement droiture et souplesse dorsale. Vacances de Paques 2007 : premier gallop d'essai. Court voyage de quelques jours avec Agnes à Rome. Trajet en train, des kilomètres de marche entre le Forum antique et le Vatican Renaissance. Le dos tient. De la voute plantère au cerveau et aux sens, la ville éternelle nous régale de ses richesses. Je circule à nouveau dans l'espace et le temps. |