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Egypte - le Caire


de Christophe, 20-10-2007

Petit aperçu des pyramides égyptiennes et nubiennes


Amis lecteurs, vous voulez un peu d'exotisme et c'est bien normal. Mais vous avez aussi soif de connaissances, voilà qui est bien. Voici donc un bref condensé de la plus extraordinaire aventure architecturale égyptienne, celle des pyramides, symboles de cette civilisation plurimillénaire. Situons tout d'abord l'époque, essentiellement les débuts de l'ancien empire (v.2700 av.-v.2200 av.) et les lieux, surtout la basse Egypte, plus précisement la région du Caire actuel.

Notre abrégé sera fondé sur un assortiment de photos dont vous trouverez l'intégralité en fouillant dans ces pages. Rares sont les prises de vu intérieures, pour la plupart en effet interdites.

L'INVENTION

La pyramide du pharaon Djoser, fondateur de la IIIème dynastie (v2700-v2620 av. JC), inaugure le genre sur le site de Saqqara. C'est peut-être aussi la toute première architecture monumentale de pierre (de petite taille certes) de l'histoire, celle-ci remplaçant la brique crue. Son architecte est Imhotep, également vizir et lettré. La forme est encore grossière, simple étagement de 6 gradins, résultat d'une élaboration quelques peu empirique. D'abord simple mastaba, il lui est en effet rajouté 4 puis 6 gradins, pour atteindre la taille vertigineuse pour l'époque de 60m. Elle était enfin vraisemblablement recouverte d'un revêtement de calcaire, aujourd'hui disparu comme sur les monuments postérieurs. Signalons enfin un réseau (non accessible), plutot complexe comparé à ses descendantes, de puits et galeries ouvrant sur la chambre funéraire.

 

 

 

La pyramide à degrés de Djoser s'insère dans un vaste complexe funéraire (544m X 277m), cerné d'un haut mur. La partie SO conserve une frise de cobras dressés, évocation de la déèsse Bouto. On discerne également des chapelles, en particulier du Heb-Sed (fête jubilaire pour les 30 ans de règne du pharaon).

 

 

 

 

Enfin, au pied de la face N de la pyramide se trouve une chambre murée contenant la statue du pharaon Djoser (une réplique, l'original trône au musée du Caire) que l'on distingue par deux petits trous.

Oh la vilaine curieuse !

 

 

 

 

 

Au SO de la pyramide de Djoser se trouvent les vestiges de celle de son successeur Sekhemkhet. Sa mort prématurée après quelques années de règne explique vraisemblablement l'état d'inachèvement du monument. Elle aurait sans cela atteint la hauteur de 70m et aurait comportée 7 degrés.

La photo ci-contre montre la descenderie située à 40m des assises de la pyramide. On ne visite pas mais l'ensemble comporte plusieurs salles ou les archéologues (dont Jean-Philippe Lauer, grand spécialiste de Saqqara) ont découvert de nombreux objets et un sarcophage en basalte.

 

 

LA MISE AU POINT

Celui qui donna ses lettres de noblesse au genre pyramidale se nomme Snéfrou, pharaon fondateur de la prestigieuse IVème dynastie (v2620-v2500 av. JC). Sous son règne, pas moins de 3 pyramides (sans compter le cénotaphe de Seila dans le Fayoum) sont entreprises, chacune aux caractéristiques différentes. Mais une évidence s'impose en les abordant dans l'ordre chronologique de leur construction, celle d'une maîtrise croissante, tant technique qu'esthétique.

Pas de photo de la pyramide de Meidoum, difficilement accessible. Précisons qu'elle fut débutée par Houni (2d pharaon de la IIIème dyn.) comme une pyramide à 7 degrés (un de plus que son père donc), et poursuivie par Snéfrou. Celui-ci la surélève d'un gradin et la revêt d'un parement afin de lui donner une forme lisse, pafaite comme la figure du divin pharaon. Aujourd'hui en piteux état, le monument semble écroulé, comme si le pavement avait glissé, avant de servir de carrière dès l'époque pharaonique. Il n'en reste plus qu'un moignon entouré de débris. Erreur de conception à l'origine d'un écroulement précoce de l'édifice ou provoqué tardivement par les prélèvements de blocs ? Le débat demeure. Mais la construction par Snéfrou d'une seconde puis d'une troisième pyramide semble plaider en faveur de la première hypothèse.

Le site de Dachour, à 5 km au sud de la nécropole de Saqqara, réunit à quelques centaines de mètres de distance les deux pyramides suivantes.

La pyramide dite "rhomboidale" (en forme de losange) présente une nette rupture d'inclinaison à mi-pente, passant de 54 à 43 degré. Là encore des difficultés techniques expliqueraient ce changement manifestement imprévu. Encore un échec dans la recherche de la forme parfaite. On remarque cependant l'état de conservation avancé du revêtement de calcaire blanc.

Curiosité égyptienne : ce monument se situe en zone militaire (!) et n'est donc pas ouvert au public.

 

 

Snéfrou entreprend une troisième pyramide dite rouge (en raison de la couleur légèrement ocre de la pierre). Cette fois, plus de risque inutile. Pour obtenir un forme parfaitement pyramidale, les architectes choisissent un angle moins incliné (d'ou une forme un peu aplatie) de 43 degré, celui que fait naturellement le sable. Cela lui permet d'atteindre une hauteur de 105m, ce qui en fait le 3ème après les deux grandes pyramides de Gizeh.

L'entrée se trouve à 30m de hauteur sur la face nord. Un long couloir de faible gabarit (ce qui oblige à d'exténuantes courbettes pour l'emprunter) mène à 3 salles successives munies d'extraordinaires voutes en encorbellement (pas de photos, l'auteur enrage...). On accède à la dernière chambre funéraire par un passage situé à une hauteur de plus de 7m dans la seconde chambre (qu'on se rassure, un escalier bien pratique a été édifié depuis). Le dalage y a disparu.

 

Les recherches ont montré que Snéfrou faisait construire les pyramides de Dachour de façon simultané. Pourquoi ? Toujours est-il que Snéfrou, par l'ampleur des chantiers ouverts (les 3 pyramides totalisent plus que le volume de Khéops), crée les conditions techniques, logistiques, mais aussi politiques et cultuelles des extraordinaires pyramides du plateau de Gizeh édifiées par ses successeurs.

L'APOGÉE

Batie à partir du milieu du XXVIIème siècle avant notre ère, la pyramide de Khéops (IVème dyn., fils de Snéfrou) est l'unique  survivante de la fameuse liste des 7 merveilles antiques de l'Alexandrin Philon de Byzance au IIème siècle av. JC.

Bien qu'ayant servi, ainsi que ses voisines, de carrière de pierres pour approvisionner Le Caire  au Moyen Age, les chiffres donnent encore le vertige : 137m de haut (146m à l'origine), 230m de base (manque là encore 2.5m, essentiellement les blocs de parement calcaire), 2.5 millions de m3 de blocs, masse de 5 millions de tonnes. Et un âge vénérable de 4.5 millénaires. Outre ces fabuleuses proportions, les architectes réussissent à lui donner un profil élégant grâce à un angle plus incliné que la pyramide rouge (51 degré).

L'intérieur en revanche apparait plus indécis : 3 chambres soit dégrossies (la chambre souterraine dans le socle rocheux) soit dépouillées (chambres de la Reine et du Roi avec son sarcophage de granit) reliées par d'étroites galeries ascendantes ou descendantes, la grande galerie (près de 9m de haut) conduisant à cette dernière, ou encore des conduits (d'aération ? à la fonction symbolique ?) sans débouché. Les égyptologues et les nombreux amateurs passionnés débattent encore : projet unique initial ou projets successifs suivant les difficultés techniques ? Bien des questions sont encore sans réponse, source de très nombreuses hypothèses et spéculations plus ou moins sérieuses, tant sur le mode de construction que sur la présence d'une chambre secrète. La pyramide fut vraisemblablement pillée dès la plus haute antiquité, en témoigne le boyau par lequel le visiteur entre, quelques mètres au dessous de l'entrée "officielle".

 

Signalons enfin que chacun de ces mausolées s'accompagne d'un important complexe funéraire (temples haut et bas, chaussée). Reste peu de chose de celui de Khéops. Néanmoins, une barque solaire de 43m fut découverte en 1954 au pied de la face nord de la pyramide, aujourd'hui visible dans un batiment construit spécialement au dessus de sa fosse (photo). Symboliquement elle assurait le voyage de pharaon dans l'au-delà avec Rê. Concrètement peut-être a t-elle aussi transporté sa momie lors des funérailles.

On remarquera pour finir avec le monument aujourd'hui symbole de l'Egypte pharaonique, la présence envahissante des bus des tour opérateur jusqu'au pied de la pyramide...

 

 

La pyramide de Khéphren rivalise avec celle de son père, avec des proportions légèrement inférieures (136m de haut contre 143m à l'origine, 215m de côté) tout en paraissant plus haute en raison d'un site surélevé. Attention donc à l'effet optique qui s'en dégage.

 

 

 

 

Il a donc fallu littéralement raboter des milliers de m3 du plateau rocheux pour obtenir une surface plane. Un terrassement entièrement à bras d'hommes bien sur.

 

 

 

 

 

 

Un des intérets de cette "petite" soeur est son chapeau toujours revêtu de son parement de calcaire, lequel donne une idée de l'apparence lisse et blanche des pyramides de Gizeh dans leur état initial. L'effet était sans doute saisissant.

 

 

 

 

L'intérieur est comparable à celui de sa grande soeur (visitable pour 25 livres égyptiennes contre 100 pour Khéops...) mais s'avère aussi plus simple, avec une seule chambre funéraire. Cela peut aller à rebours dans le sens de l'hypothèse des réamenagements successifs de l'intérieur de Khéops, si l'on garde à l'esprit que cette architecture monumentale progresse de facon empirique.

L'autre intérêt majeur de cette pyramide réside dans les vestiges de son complexe funéraire : temple haut, longue chaussée (photo) et temple bas. On saisit mieux avec Khéphren non seulement la hauteur et la splendeur lumineuse du monument, mais aussi sa superficie et son lien avec la vallée fertile du Nil. Pharaon seigneur des deux terres et fils de Rê.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au bas de cette monumentale chaussée et à gauche du fort bien préservé temple bas : le Sphinx, dont le nom d'origine grec donne à réfléchir aux influences mythologiques croisées. D'aucun suppose une représentation du pharaon Khéphren. Mais la longue histoire égyptienne lui attribue diverses incarnations, tel Rê-Horakhty au nouvel empire. Long de 73m, une tête coiffée du ménès haute de 20m, il est entièrement taillé dans un éperon rocheux. Sa barbe fut retrouvée au XIXème siècle (elle est exposée aujourd'hui au British museum).

Cette vue de l'arrière du Sphinx et du temple bas prise de la chaussée permet de constater la proximité de la ville du Caire, à l'extraordinaire croissance (16 millions d'habitants aujourd'hui contre 4 millions il y a 30 ans). On comprend mieux les dangers qui menacent le monument malgré les restaurations (très visibles) dont il est l'objet : érosion, remontée d'eaux souterraines, pollution atmosphérique. Sans compter bien sûr un paysage éloigné des lithographies de David Roberts ou des clichés de la première moitié du XXème siècle. On fera enfin remarquer les nombreux déchets jonchant le site, fruit de touristes peu scrupuleux et surtout de cette proximité urbaine.

 

 

 

 

Troisième pyramide du plateau de Gizeh, celle de Mykérinos, fils de Khéphren et petit-fils de Khéops, signe la fin de la course au gigantisme : "seulement" 62m de haut (66 à l'origine) et 108m de côté. On ne visite pas l'intérieur constitué de 2 chambres (remaniement en cours de construction ?). De toute façon les groupes de touristes pressés ne poussent généralement pas jusqu'à elle, c'est donc la plus indiquée pour la flânerie.

A ses pieds les petites pyramides des reines (disposition que l'on retrouve autour de Khéops) montrent bien les procédés de construction à degrés.

 

 

 

LA FIN DE L'EXCEPTION : ENTRE BANALISATION ET REVITALISATION

 

 

 

 

 

 

 

Dernier souverain de la Vème dynastie vers le milieu du XXIVème siècle av., Ounas choisit de batir son mausolée sur le site de Saqqara, à côté de celle de Djoser (environ 3 siècles après elle), façon de revenir aux sources du genre. Cependant, Ounas est le premier à introduire dans les chambres une décoration sous forme de motifs et de textes liturgiques, dits Textes des pyramides (pas de photo, on ne visite pas l'intérieur), découverts par Gaston Maspero à la fin du XIXème siècle. Malgré son état extérieur assez délabré, la pyramide présente d'utiles détails.

D'abord les vestiges des blocs de pavement au bas du pourtour, témoin également des techniques de bisautage employées.

 

 

 

 

 

Ensuite la coupe du monument (une pyramide c'est plein !) montre une maçonnerie constituée de différents niveaux de soin : pavement de gros blocs ajourés, petits blocs murés, remplissage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Egalement batie à Saqqara (au NE), la pyramide de Teti, gendre d'Ounas et fondateur de la VIeme dynastie, très déteriorée à l'extérieur, ouvre ses entrailles au visiteur pour lui dévoiler la décoration que celle de son prédécesseur lui refusait. Les 3 photos ci-dessus et ci-contre montrent : les textes liturgiques, la voute étoilée, et le sarcophage en basalte.

On notera à côté la présence de mastabas de son vizir Merouka (32 chambres!), d'Akhetotep et de Ptahotep (deux nobles) à l'incroyable décoration.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour conclure ce tour d'horizon, quittons la basse Egypte et l'ancien empire pour nous rendre au N de l'actuel Soudan à une époque plus tardive. Un Etat indépendant s'y développe entre le milieu du IIIème millénaire et le milieu du IIème millénaire av. JC. Ses souverains prennent meme la tête de l'Egypte (les pharaons "noires") à la fin de la 3ème période intermédiaire (1075-725 av.). La cité de Méroé se développe entre le Vème siècle av. et le IIIème siècle de notre ère, et atteint son apogée au Ier siècle av JC. Environ 300 petites pyramides de partagent sur 3 sites, la plupart détruites. Mais il y a "de beaux restes", un paysage somptueux de dizaines de pyramides, décapitées par les chercheurs de trésors européens après la redécouverte du site au XIXème siècle.

 

 

 

 

 


Commentaires sur cet article
vincent
Vite, une visio conférence pour mes petits 6e: la prochaine fois, embarque une web cam, imagine la sensation pour 25 paires d'yeux et le prestige que je pourrait en retirer: M Ahu et son envoyé spécial à Gizeh: ça déchire grave.
Sans rire, merci pour ces quelques informations complémentaires qui rendent bien compte de l'empirisme qu'on a souvent tendance à oublier. Je ne connaissais pas ces expériences de pyramide à losange et à rupture de pente
See you soon dear professor. Vincentieme dynastie
 
Hatshepsoutalexia
Très bel article...
J'adore ce pays : jetez un oeil sur mes pages via Triptoyou (Hatshepsout).
A bientôt !

Alexia
 

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