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Egypte - Assouan


de Christophe, 18-11-2007

Chronique d'un voyageur qui voudrait échapper un peu a sa condition de touriste.


Le principe d'un voyage au long cours ambitionne d'échapper aux canons du tourisme classique.

Résumons celui-ci en quelques critères tous ou partiellement réunis dans une industrie, peut-etre la plus emblématique de notre époque. D'abord, par stricte opposition, sa faible durée d'hebdomadaire à mensuelle, qui conditionne l'ensemble de notre équation. Elle en est la clé de voute, s'insère dans les temps de nos existences métronomisées, entre les différents décomptes annualisés (angoisse de la rentrée scolaire, fetes feintes de Noel...), mensualisés (impots a prélevement indolores et salaire-soudure) ou hebdomaderisés (rituel du week end composé d'un samedi consumériste et hédoniste et d'un dimanche religieusement maussade, le tout encadré d'un lundi noir et d'un vendredi délivrance, et entrecoupé d'une respiration enfantine).

Partir par besoin sans doute, par gout bien sur. Mais partir est devenu aussi rituel pour parler comme un ethnologue de la modernité. Partir à tout prix, éviter l'insulte, la honte sociale de celui qui ne peut pas (ne pas vouloir est-il admis en la matière ?).

Les vacances scolaires dictent d'ailleurs la rythmique touristique, source d'une forme d'infantilisation plus ou moins imposée aux adultes. L'industrie du tourisme déploie alors ses techniques de planification pour offrir à grande échelle des produits standardisés, formates. Dilemne de la démocratisation de l'accès. La publicité galvanisera le décor exotique (littoral, soleil), les activités sportives (la glisse a toutes les sauces) et culturelles réduites a quelques sites dument éprouvés.

Grappes de touristes prenant la meme photo des pyramides de Gizeh.

 

 

 

 

 

 

Bus de touristes en Egypte pour la semaine se restaurant au McDo. Précisons afin d'éviter toute hypocrisie que nous nous y rendons également de temps à autres, mais dans le cadre d'un voyage au long cours rendre l'estomac a certaines habitudes peut etre salutaire...

 

 

 

 

 

 

Celui qui aime la marge pourra t-il trouver un espace de manoeuvre au milieu de l'appétit insatiable des tour opérateurs ? Si la meilleure parade réside bien dans la durée, le temps qui s'étire et émancipe des menus tout tracés, on ne pourra pourtant répondre autrement que de façon ambivalente.

A tout seigneur, illustrons cette chronique d'un voyageur qui voudrait un peu échapper à sa condition de touriste par l'Egypte. Un vrai paradis du voyage en kit, sous vide (mais avec air conditionné à tous les étages), un concentré des bienfaits et des maux de cette industrie ogresse. On sait son poids économiquement vital en Egypte : des milliards de dollars dans la balance, des centaines de milliers d'emplois. Mais aussi une sensibilité exacerbée aux tensions géopolitiques au Proche Orient et bien sur aux attentats, réguliers, sur son propre sol, heurt dorénavant classique entre régime de fer et minorité intégriste. D'ou la présence massive d'une police touristique à chaque coin de rue des sites visités (photo prise à Louxor) comme devant chaque banque, église ou synagogue. Inquiétant ? Au contraire, le touriste en boite, passés les premiers émois du énième attentat qui aura retardé un temps son escapade (sans parler des joueurs qui spéculent sur le risque pour bénéficier d'une ristourne...), appréciera en Egypte la sécurité quotidienne que cette présence militaire très visible assure. Très peu de vol, aucune agression. Pas de mauvais esprit cependant, les égyptiens étant par nature tres accueillants et pacifiques. On laissera donc, en voyage organisé sur le Nil comme ailleurs, toute réflexion politique de coté.

Qu'importe d'ailleurs, on y vient principalement pour son patrimoine historique, ses littoraux coraliens et ses excursions désertiques. Bref toute la gamme de l'exotisme pour des voyages en bulle. L'Egypte accueille donc 95% de touristes traveltourisés, aéroportés et hebdomaderisés (parfois meme dromaderisés, hihi). Tout ce beau monde, parfaitement classé par nationalités, défile sur quelques sites a juste titre incontournables (pyramides de Gizeh, musée du Caire, temple de Karnak, vallée des rois...) selon un parcours et un discours rodés. Jamais de faux pas, ne pas s'aventurer au delà du chemin fléché. Un seul exemple parmis bien d'autres : Karnak, fabuleux ensemble cultuel dont l'aménagement s'étend sur pratiquement toute l'histoire pharaonique, et ou l'on passe presque sans transition de la foule (grande salle hypostyle) à la solitude (temple au NE de Khonsou pourtant magnifiquement préservé). Cela n'est pourtant que moindre mal, qui peut d'aileurs tout connaitre ? L'Egypte conserve heureusement de nombreux jardins secrets, tout comme elle réserve encore à des générations d'égyptologues et de passionnés d'innombrables découvertes.

Le voyageur non pressé, en marge des circuits balisés, subira surtout les effets relationnels issus cette industrie. Difficile en effet en Egypte de franchir des portes intimes, de pousser une discussion franche, les rapports étant exclusivement dictés par des facteurs économiques. Le touriste, qu'il soit en surgelé ou plus bio, est vu d'abord comme un portefeuille. On aborde donc, on sollicite, on quémande un achat, on bakshish sans conviction. On développe aussi des stratégies faussement amicales ("Mon ami, un thé ?"...) qui accouchent 9 fois sur 10 sur un deal. Lassé, le visiteur finira aussi par manquer ce 10eme prometteur.

Bien sur l'Egypte marque l'apogée de ces relations d'intéret et d'autisme issues de l'industrie touristique. On les retrouve aussi, mais de façon moins flagrante, dans les autres pays proche orientaux traversés (Turquie, Syrie, Jordanie), et certainement aussi dans le pays le plus touristique de la planète (devinez...). Une première rupture se présente lorsque l'on entre au Soudan. La frontière territoriale est peu commune, démesurément allongée, et que l'on franchit obligatoirement en ferry sur le lac Nasser d'un port égyptien (sud d'Assouan) à un port soudanais (Wadi Alfa) comme pour mieux séparer des pays imbriqués par l'histoire et la géographie (Nil, Sahara). A cette frontière politique se superpose celle du tourisme de masse, c'est à dire de la maitrise plus ou moins grande des langues étrangères ou d'infrastructures d'accueil en nombre (hotel, restaurants...). Subitement, plus rien de tout cela. Wadi Alfa n'est qu'un bourg dans le désert, doté de quelques lokendas (hotels très sommaires pour quelques dollars) et relié a la première grande ville (Atbara) a 600 km au sud par des pistes et une ligne de chemin de fer antédiluvienne (17h de trajet a respirer sable et poussière). Atbara, comme Khartoum, sont egalement assez pauvres en infrastructures hotelières, et il est bien difficile de trouver entre la lokenda de base et l'hotel de luxe a plus de 100 dollars la nuit.

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