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Egypte - Cairo


de Christophe, 06-10-2007

Chronique pileuse


Le voyage au long cours offre tout le temps de prendre soin de soi, d'autant que le corps y est, parfois du moins, soumis a des épreuves. Aussi le passage au hammam ou chez le coiffeur-barbier est l'occasion de se redonner une certaine prestance et de savourer un moment de détente. Si les salons de coiffure nous sont bien familiers, plus rares sont ceux à pratiquer comme ici l'art du rasage des faciès, en ces contrées ou barbes et moustaches se portent couramment. Toutefois, les us et coutumes diffèrent en ce domaine pileux d'un pays à l'autre. Voici donc une brève chronique de mes expériences au sein de cette profession.

C'est dans la charmante bourgade de Safranbolu en Turquie que nous commençons notre cheminement. Le barbier s'y montre un poil indifférent a mon égard, au contraire de son jeune apprenti (et sans doute fils) qui s'empresse et guette mes réactions. Difficile de prime abord de se comprendre sur les prestations et les tarifs, mais sitot fait on ne coupe plus les cheveux en quatre et c'est parti : coupe au rasoir électrique suivi d'une minutieuse finition aux ciseaux, puis double rasage traditionnel de la barbe (mousse au blaireau et rasoir unilame). S'ensuit le champoing (après la coupe donc) directement dans le lavabo qui me fait face. Enfin les finitions, la touche dernière, le coup de polish quoi ! Notre barbier se saisit d'une sorte de longue allumette, et d'un geste vif, grille les poils indésirables logés a l'intérieur de mes oreilles et sur les tempes. Léger moment de stupeur, voila bien la première fois que l'on me coiffe au chalumeau ! Puis crème en tout genre et eau de toilette. Et voila cher monsieur, c'est 12 livres turque (environ 7 euros).

La suite nous conduit à Hama en Syrie, ville surtout connue pour ses norias et pour avoir été au début des années 1980 le centre d'une révolte intégriste durement réprimée par le régime baasiste. Le salon choisi est du genre populaire et jeune. Il y a affluence et l'on est pret à faire passer l'auguste étranger devant tout le monde, ce que bien sur je refuse courtoisement (on a tout le temps, et puis observons d'abord...). Je devise un peu avec mon voisin anglophone, on m'offre le thé, quand soudain l'un des coiffeur m'invite à venir voir de plus près sa technique. Un doigt enduit de cire logé dans le nez de son client, il est tout simplement en train de lui épiler les narines ! Non merci, sans façon... Arrive mon tour. Cette fois uniquement un rasage, mais nous tentons en accord avec le barbier un nouveau style. Celui-ci met beaucoup de soin dans le détail et les finitions et me demande par le mime toute sorte de gesticulation du visage pour l'aider à suivre scrupuleusement les moindres courbes de mon faciès (gonflement des lèvres inférieures puis supérieures, bouche ouverte...). Et pour finir : massage de la zone orbitale et craquage des vertèbres. On ne peut faire plus complet. Facture : 100 livres syriennes (moins de 2 euros). Et moins cher.

Aparte. Les avis d'une médecin suisse rencontrée à Palmyre et de notre ami routard Dominique en Jordanie m'ont quelques peu refroidis quant à la securité d'une telle chronique. Il y aurait d'après eux des risques, memes réduits, d'attraper certaines maladies (type hépatites voire sida), sauf controler scrupuleusement l'utilisation de lames de rasoir neuves. Et l'opinion d'un toubib, suisse qui plus est (imaginez un peu l'association, presque un pléonasme...), ne peut laisser indifférente. Aussi par sécurité, je réduirai vraisemblablement mes visites ou ne les accorderai que chez des professionnels dignes de foi. Parole d'hélvète.

Après ces avertissements pleins de sagesse, nous voila maintenant a Aqaba, unique station balnéaire et port jordanien. C'est dans un quartier assez touristique que je choisis un salon, dorénavant sur mes gardes (suisses). Rien de particulier à signaler sur la technique employée, sauf une coupe de tifs un tantinet expediée a mon gout. Mon coiffeur-barbier, charmant au demeurant, m'explique que son père, dont les photos tapissent les glaces, fut dentiste et exciseur (faisait-il des forfaits ?). Lors du rasage, le défilé d'une troupe de touristes devant la vitrine me transforme soudainement une bete de spectacle. Et voila notre barbier, tout sourire face à eux, fesant mine de me scier le cou façon Al Qaida. Ne goutant que modérément la plaisanterie, je fais mine à mon tour de le boxer, tout cela devant une cohorte de touristes incrédules. Mettons cela sur le compte de la maladresse, mais quelle drole de publicité pour un salon ! Ou comment faire fuir le client... D'autant que l'addition fut plutot salée (7 JD soit autant en euros).

La suite de nos aventures nous emmène à Louxor, site historique égyptien concentrant le plus de touristes au km2. Autant dire pléthore de bazars toc et harcèlement continu de vendeurs, cochers ou hoteliers. Mais aussi assurance de qualité hygiénique, histoire de contenter mon médecin personnel hélvète (quel chic !). Et pourtant c'est dans un minuscule salon au fond dun couloir que je me rends, néanmoins éscorté par Agnes (d'ou la photo). Bon, pour les histoires, les anecdotes, chers lecteurs, il faudra repasser. Rien à signaler, RAS. Un rasage pépère, soigné, à bon prix (11 livres égyptiennes soit environ 1.5 euros). J'en suis presque frustré. Le voyage capillaire, jusque là assez commando, deviendrait-il ronronnant ?

Rendons nous ensuite à Khartoum, capitale du Soudan. Décidé à me faire pardonner le ratage de la dernière fois, je tente une coupe en pleine affaire de l'Arche de Zoé (les francais trinquent de cette malheureuse affaire au Tchad mais aussi au Soudan). Hélas, acceuil pro, coupe parfaite, seul le prix a été sacrifié (6 livres soudanaises soit 3 dollars ou 2 euros et quelques). Signalons pour l'amateur l'extreme rigueur de la coupe à la tondeuse électrique (qui ne signifie pas forcément expediée) avant la finition à la lame de rasoir et aux ciseaux. Le contour du visage (front, tempes) est particulièrement choyé. A la clé un joli petit effet bonhomme Playmobile !

Nous voici à Addis-Abeba, capitale d'Ethiopie, pour une petite coupe dans un salon jouxtant notre hotel. Pas d'attente ici, un professionnel par fauteuil. La coiffeuse m'entoure préalablement le cou de papier hygiénique avant de passer la traditionnelle blouse. Pourquoi pas. Puis elle me bouche les oreilles avec du kleenex, avant de s'emparer d'un briquet. SVP, pas le coup du brulage d'oreille ! Elle se contente en fait de désinfecter sa tondeuse électrique. Soulagement. Une coupe classique malgré un appareil pas très affuté l'obligeant à une longue finition aux ciseaux. Elle conclue par un double massage du crane, à la main puis au gant de toilette imbibé d'eau chaude. Apaisant. Tout comme le total : 20 birs (1.5 euros).

L'étape pileuse suivante se situe à Madagascar dans le ville de Fianarantsoa au sud de la capitale. Peu à dire, un salon chic, inaccessible pour une majorité de malgaches. Un accueil plutot froid, on me regarde meme un brin interloqué à ma demande de coupe de cheveux. Apparemment, on pratique ici davantage les soins coporels féminins malgré un salon de coiffure moderne et astiqué. Preuve supplémentaire, je me vois contraint d'expliquer à la bonne dame qui me prend en charge comment ajuster le reposoir de tete du bac à shampoing, puis comment baisser le fauteuil de coiffe pour lui faciliter la tache (les malgaches ont en effet un gabarit plus asiatique qu'africain).

Pas d'arret coiffure ou rasage à La Reunion ni à l'ile Maurice : cheveux (et passage) trop courts, et puis trop français.

Enchainons donc directement avec l'Inde. Après notre arrivée à Delhi, je déniche au levé du lit un modeste salon à deux pas de notre hotel rue Main Bazar, un quartier animé et très routard. Les fauteuils doivent dater de l'indépendance, les glaces sont usées par les milliers de regards auto-admiratifs qui s'y sont posés. Après une simple question ("short or medium ?"), mon coiffeur effectue une coupe très professionnelle aux ciseaux. Il me sert ensuite un vigoureux massage du crane, du dos et des bras. Voila qui met en route pour la journée. Il me laisse enfin le choix du tarif. Je suppose q'il escompte sur ma méconnaissance en matière de prix local. Je n'ai en effet encore aucune idée du prix d'une telle prestation, mais je refuse fermement. Après réflexion, il me demande finalement 35 roupies, sans doute davantage que ses tarifs habituels. Je lui en donne néanmoins 50..., à peine un euro.

Suite...

 


Commentaires sur cet article
vincent
Moi qui avait toujours révé de confier ma barbe à un barbier... genre charlie chaplin ...le coup du chalumeau est pour le moins décoiffant.
à la r'voyure.
Vincent le barbu
 

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